CLIMATE CHANGE IS SEXIST 3.0: troisième édition de notre appel à l’action
Le 6 octobre 2026, CARE Belgique a organisé la troisième édition de son événement de plaidoyer « CLIMATE CHANGE IS SEXIST » à Flagey, à Bruxelles. À quelques semaines de l’ouverture de la COP31 à Antalya, en Turquie, la conférence a réuni chercheuses et chercheurs, actrices et acteurs de terrain, décideurs politiques et militant·es autour de deux questions : pourquoi le changement climatique frappe-t-il plus durement les femmes et les filles, et comment s’appuyer sur les solutions que les femmes portent déjà en première ligne ?
La soirée était animée par Lizan Nijkrake, stratège et journaliste dont le travail se situe au croisement de la justice sociale, de la colonialité et de la démocratie. Elle s’est ouverte sur une présentation de la mission de CARE et de la campagne par la Princesse Esmeralda de Belgique, présidente d’honneur de CARE Belgique. Celle-ci a présenté le lien entre climat et genre comme une question durable de justice sociale, et non comme un effet de mode. Deux panels ont suivi. Le premier a accueilli Lore Van Praag (Université Erasmus de Rotterdam), Nidhi Nagabhatla (UNU-CRIS), Sandrine Bohan Jacquot (Humanité & Inclusion) et Thaline Karajá, militante autochtone et chanteuse brésilienne. Le second réunissait Monica Ellena (CARE International), Hélène Lambert (Enabel) et Ans Persoons, secrétaire d’État de la Région de Bruxelles-Capitale.
Le problème : la vulnérabilité est construite, pas innée
Les chiffres dressent déjà un constat sans appel. Selon les Nations unies, environ 80 % des personnes déplacées par le changement climatique sont des femmes. Dans les pays en développement, les femmes représentent jusqu’à 43 % de la main-d’œuvre agricole, souvent sans accès à la propriété foncière, au crédit ou à des formations aux pratiques agricoles résilientes face au climat.

Monica Ellena a décortiqué la provocation au cœur de la campagne : la vulnérabilité n’est pas inhérente au fait d’être une femme. Elle est produite par des structures sociales, économiques et politiques inégalitaires. Les intervenant·es ont montré comment cela se traduit dans des contextes très différents.

Dans un village d’oasis du sud-est du Maroc, les recherches de Lore Van Praag montrent que les femmes âgées sont les mieux placées pour décrire l’évolution de l’environnement, puisque ce sont elles qui travaillent la terre, ramassent le bois et s’occupent des animaux. Pourtant, à mesure que les impacts climatiques s’aggravent, elles perdent des revenus et deviennent plus dépendantes de leur mari. Le changement climatique redistribue les rôles au sein du foyer et renforce les inégalités existantes, alors que les savoirs des femmes sont encore rarement reconnus comme une expertise.
Au Niger, une analyse de genre réalisée par Enabel pour le nouveau programme de coopération Belgique–Niger, présentée par Hélène Lambert, va dans le même sens. Avec la raréfaction de l’eau et du bois de chauffe, les femmes et les filles ont moins de temps pour des activités génératrices de revenus et pour l’école. Les femmes sont aussi souvent tenues à l’écart des canaux d’alerte précoce. L’écart d’accès à la terre est éloquent : 96 % des hommes peuvent accéder à la terre par héritage, contre 45 % des femmes.
Les inégalités se cumulent également. Sandrine Bohan Jacquot a souligné que les personnes en situation de handicap, et en particulier les filles et les femmes, sont plus durement touchées par les aléas climatiques : mortalité plus élevée, perte d’aides techniques, interruption de services essentiels. L’éducation en pâtit aussi : au Botswana, on estime que 70 % des enfants qui décrochent de l’école en période de sécheresse sont des filles.

Au Brésil, Thaline Karajá a décrit comment la déforestation, l’orpaillage illégal et les transformations du fleuve et de la forêt affectent les communautés autochtones. Elle a relié ces changements à la hausse de la détresse psychologique et des violences faites aux femmes et aux filles autochtones. Elle a appelé à briser le silence sur ces questions, avec des allié·es qui soutiennent plutôt que de stigmatiser.

Plus près de nous, Ans Persoons a rappelé que Bruxelles ne fait pas exception. Le stress thermique et la pollution de l’air renforcent les inégalités sociales et spatiales existantes, et les femmes sont surreprésentées parmi les groupes les plus exposés. En Europe, les vagues de chaleur de l’été 2022 ont fait 56 % de victimes de plus chez les femmes que chez les hommes. La « ville neutre » n’existe pas, a-t-elle affirmé : une approche féministe des politiques climatiques ne se demande pas seulement comment verdir nos villes, mais aussi à qui profite ce verdissement, qui a accès à la fraîcheur et qui se sent en sécurité dans l’espace public.

Quelles solutions ? Les femmes comme leaders et détentrices de savoirs
Les femmes ne sont pas seulement touchées : elles sont en première ligne des solutions. Dans le bassin du Congo, a expliqué Nidhi Nagabhatla, ce sont souvent les femmes qui gèrent l’eau et l’alimentation du foyer, récoltent les produits forestiers et connaissent les saisons et les risques. Elle a plaidé pour des données sensibles au genre dans la gouvernance climatique. Elle demande que les femmes soient considérées comme des leaders et des détentrices de savoirs en matière d’adaptation, et pas uniquement comme un groupe vulnérable.
À partir d’exemples de projets CARE à travers le monde, Monica Ellena a montré que les femmes deviennent moteurs de la résilience climatique lorsqu’elles ont accès au financement, à la formation et aux ressources. Les Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) de CARE en sont un bon exemple. Elles sont plus qu’un mécanisme d’épargne : elles donnent aux femmes le contrôle de ressources et une voix dans les décisions, au sein du foyer comme de la communauté.
Des initiatives concrètes ont aussi été partagées. Au Sénégal, des groupements de femmes fabriquent des foyers améliorés à partir de matériaux locaux. Au Mozambique, une double signature mari-épouse fait des femmes les copropriétaires des équipements d’irrigation solaire. Au Pérou, le projet « Gardiens du changement » réunit écoles, organisations de personnes handicapées et municipalités pour construire une résilience climatique inclusive.

Au fil des deux panels, plusieurs messages sont revenus avec insistance :
Le changement climatique amplifie des inégalités qui existent déjà, et ce différemment selon le contexte, l’âge, le handicap, les revenus et l’origine ethnique.
Les femmes sont en première ligne des solutions, et leurs savoirs doivent être reconnus et financés.
Aucune action isolée ne suffit : l’accès aux ressources, aux compétences et la confiance en soi doivent aller de pair avec la transformation des normes sociales et des règles qui déterminent qui possède, qui décide et qui en bénéficie.
À l’approche de la COP31, CARE Belgique appelle les décideurs et décideuses à placer les femmes et les filles, ainsi que leur leadership, au cœur de l’action climatique.
Nous remercions chaleureusement notre modératrice, nos intervenant·es, Educaid et toutes les personnes qui nous ont rejoints à Flagey pour avoir pris part à cette conversation essentielle



